Une équipe de chercheurs français plonge dans les liens entre acouphènes et sommeil

L’équipe pluridisciplinaire est allée plus loin que les précédentes recherches sur ce thème dans l’exploration des liens entre les variations des acouphènes et les phases de sommeil.

Robin Guillard, doctorant en neurosciences et Louis Korczowski, docteur en sciences des données neuronales, co-fondateurs de Siopi, ont travaillé avec le médecin ORL Alain Londero, avec Marco Congedo, directeur de recherche au Gipsa-Lab (CNRS-Université de Grenoble), et avec le Pr Damien Léger, spécialiste des troubles du sommeil à L’Hôtel-Dieu (Paris) pour réaliser cette étude très ciblée*. Elle part du constat que de précédentes recherches ont pointé des liens entre acouphènes et sommeil dégradé, mais sans les caractériser plus précisément, ni isoler une typologie de patients acouphéniques, alors que l’on sait que ceux-ci présentent des profils extrêmement hétérogènes.

 

Comparaison de la variation absolue des acouphènes pendant la nuit entre les groupes

 

L’équipe française s’est intéressée à ceux d’entre eux, souffrant d’« acouphènes intermittents du sommeil » (ITS en anglais) qui perçoivent une augmentation de leurs symptômes après une sieste, et ceux qui en ont une variation au réveil, baisse ou hausse. En raison de la très grande spécificité de ces patients, un petit nombre a été recruté (15) en face d’un groupe contrôle équivalent de patients acouphéniques mais sans variabilité associée au fait de dormir. Tous les patients, déjà suivis pour leurs acouphènes et pour certains traités depuis au moins 3 mois, ont été inclus après des anamnèses détaillées et se sont soumis à des polysomnographies (examen de référence pour la physio-pathologie du sommeil) et à des questionnaires dont le THI.
A l’issue de ces observations, les auteurs concluent que les patients ITS ne diffèrent pas des autres dans la quantité ou les apnées, mais que leur sommeil paraît plus détérioré. Leurs phases de sommeil paradoxal, notamment, sont proportionnellement moins nombreuses et moins longues. Il existe une corrélation entre la durée de celui-ci et la variation des acouphènes au réveil, chez les patients qui y sont sujets, mais sans que le sens de la causalité puisse être établi. Les chercheurs indiquent la possibilité d’un effet des acouphènes sur le sommeil et/ou d’un mécanisme sous-jacent qui serait à l’origine à la fois des acouphènes et de la détérioration du sommeil REM.

Les auteurs précisent que la faiblesse de leur échantillon est une limite évidente de leur travail, tout en esquissant les pistes ultérieures de recherche : réaliser des études longitudinales, sur des périodes de sommeil courtes et sur des nuits entières, sur plusieurs jours. Ils évoquent aussi l’hypothèse de proposer des thérapies EMDR, utilisées entre autres pour les personnes souffrant de psycho-traumatismes, pour lesquelles une dégradation du sommeil paradoxal a également été identifiée.

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